Logo Journal L'Essor
2017 2016 2015 2014 2013 2012 2011 2010
2009 2008 2007 2006 et nos 100 ans d'archives !
Rechercher un seul mot dans les articles :
Index de l'annéeindex de ce numéro Article suivant Numéro suivant
Numéro précédent Article précédent

Octobre 2013 
Sus aux rebuts, place aux repus
Auteur : François Iselin

Une fois de plus, les médias nous alarment sur une énième aggravation du climat de la Planète (5e rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, GIEC). Cependant, nul groupe d'experts ne témoigne de la dégradation, bien plus alarmante, du climat social dans le monde, de la qualité de la vie et des relations entre les êtres humains qui l'habitent.

Si les aberrations climatiques, dénoncées par près d'un millier de scientifiques du GIEC, sont dues à une poignée de bandits environnementaux qui s'engraissent en bradant pétrole, électricité et véhicules de tout genre, le changement du climat social est le fait d'une autre maffia cupide qui n'a rien à leur envier. Il s'agit de cette engeance qui sournoisement s'enrichit en détruisant le peu qu'il reste de bon aux êtres humains pour vivre en paix.

Ce banditisme sociétal prospecte la moindre occasion pour spolier les gens sans même qu'ils ne puissent s'y opposer. Pourtant, ses ravages sont perceptibles à qui veut bien comparer l'état de leur environnement passé à celui qu'il nous a imposé depuis peu. Le moindre lopin de terre fertile agonise sous leur béton, notre patrimoine immobilier d'antan, ils le rasent au profit de leurs aberrations immobilières, les pâturages alpestres disparaissent sous leurs blocs à lits froids et le temps de loisirs dont nous jouissions jadis, ils l'accaparent pour nous contraindre à consommer leurs pacotilles.

C'est que ces prédateurs s'ingèrent maintenant dans le quotidien des gens pour leur soutirer le peu de biens qui leur reste, prétextant qu'il en va de leur confort, du progrès et de la croissance économique. Ainsi, le temps libre que nous destinions à la rêverie, la contemplation, la convivialité nous est confisqué pour que nous le perdions à consommer de la communication futile au moyen d'appareils dont la fabrication, l'usage et la mise à la casse sont catastrophiques. Leur consommation électrique explose – un smartphone ou un iPhone consomme plus qu'un frigo! –, leur élimination détruit des métaux précieux, disperse des déchets toxiques et ne fait qu'accroître la crétinisation des gogos qui s'en servent à tort et à travers.

La maffia qui jadis enrichissait bandits et shérifs, allie maintenant le Capital et son Etat, tous deux copains-coquins dans la ruée vers l'or des pauvres. Ces conquérants en 4x4, encadrés par leur flicaille antiémeute, défrichent et occupent sous la menace et la fourberie, les derniers filons de nature qui leur soit profitable. Ils accroissent leurs fortunes au moyen de deux stratégies complémentaires. D'une part, ils s'approprient le bien commun qu'ils revendent à qui il appartient et, d'autre part, ils protègent leurs magots en refusant d'honorer les dépenses nécessaires à restaurer les énormes dégâts qu'ils occasionnent.

Pensez aux terrils de déchets radioactifs que les nucléocrates abandonnent à travers le monde pour s'enrichir en incitant l'humanité à gaspiller leur électricité et dont le coût d'épuration est tel que plus aucun économiste n'est à même de l'estimer et que plus aucun Etat ne pourra assumer. C'est pourquoi, les centrales nucléaires continuent à croître et se multiplient à travers le monde, leur «rentabilité» étant assurée.

L'une des stratégies du banditisme socialo-environnemental consiste à réduire les dépenses publiques ou à les privatiser pour en tirer de nouveaux moyens de ponctionner les pigeons que nous sommes. La poste, les télécommunications, les transports publics, les soins médicaux, l'information, l'énergie, l'eau, les transports… tout y passe.

Mais la tornade blanche néolibérale, celle qui blanchit l'argent sale et encrasse notre milieu vital, est loin de se dissiper. Les puissants et leurs notables convoitent maintenant la marchandisation des nouvelles ressources inexploitées que recèle la vie même. La santé tout d'abord en instiguant aux bien portants l'impérieuse nécessité d'ingurgiter quotidiennement la manne des pharmas, de jouer les cobayes sous le feu des scanners ou de se laisser abrutir par des psys. L'explosion des dépenses publiques nécessaires à entretenir le juteux marché de la santé est au prix exorbitant qu'il aura fixé!

Mais tout saccage d'une quelconque ressource produit des déchets, des stériles, des rebuts. Dans le domaine de la santé physique et morale des gens, il arrive un moment où le client, prétendument malade ou sénile, n'est, non seulement plus rentable, mais pourrait même coûter quelques sous. Tel est le cas des Aînés qui en fin de vie n'intéressent plus le marché à moins que celui-ci ne réussisse à leur subtiliser les économies d'une longue vie de travail. Ainsi, plutôt que de l'abréger, comme tant de démocratures le font par la guerre, la violence et la faim, l’idée de leurs transferts à des exploitations moins exigeantes en termes de rentabilité fait son chemin.

C'est la géniale idée du conseiller national Yves Nydegger, UDC genevois. Il vient de concocter une solution finale pour se débarrasser de la population «excédentaire» qui encombre ce pays. Car, qu'ils s'y soient réfugiés, se soient endettés ou croupissent dans un EMS, ils vivotent sur le dos des riches qui, curieusement, détestent partager. C'est que les résidences dorées pour nantis décatis sont hors de prix!

Alors, sur la Méditerranée, nous assisterons bientôt au spectacle désolant du croisement des rafiots de boat people qui sont chassés par la misère et des charters d'Aînés que notre opulence aura expatriés. Ce trafic d'indésirables déracinés contre leur gré suivra alors celui des cargos chargés de nos rebuts électroniques, radioactifs et toxiques dont la Suisse, propre en ordre, se débarrasse pour faire place nette aux prochains prédateurs-pollueurs-expulseurs.

Espace réservé : Rédaction
© Journal L'Essor 1905-2017   |   Reproduction autorisée avec mention de la source et annonce à la Rédaction  |       Corrections ?