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Octobre 2010 
Humour décalé !
Auteur : Jacques Herman

C'est inéluctable, me dit-il en me fixant de son regard bleu d'acier, l'après-pétrole est pour demain! Il affina son assertion sur le ton propre aux faux sages, aux faux prophètes, aux faux culs, brandissant l'index de sa dextre comme le prêtre son ostensoir: je ne dis pas que tout cela se déroulera d'un jour à l'autre et que nous nous réveillerons un beau matin avec cet imparable constat, mais progressivement, nous nous acheminons vers la fin d'un monde.

Moi, aussitôt qu'on prophétise autour de moi, je me méfie. Comme par instinct. Ma génération qui s'est délectée de Tintin, ne peut oublier l'image de Philuppulus le prophète s'exclamant dans l'Etoile Mystérieuse: «La fin du monde est proche! Tout le monde va périr!»

Quoique ne ressemblant physiquement pas pour un poil au personnage d'Hergé, il partageait avec lui l'assurance arrogante des ignorants. Par certains aspects il me rappelait aussi Tartarin de Tarascon face à monsieur Bombonnel dans la diligence de Beaucaire. Ce genre d'individu me donne physiquement et psychologiquement la nausée sartrienne.

Par principe, je ne bronche pas d'un seul mouvement de sourcil devant un profil de cette catégorie d'individus qui pullulent dans les méandres fondamentalistes. Il suffit de me dire que Jésus m'aime pour que ma chair devienne comme celle qui caractérise les poules déplumées. Il en allait rigoureusement de même en l'occurrence et je m'éloignai de l'individu comme ces rats quittant le navire aussitôt que la tempête semble menacer. Foin d'argumentation me dis-je, et je m'éloignai subrepticement du bonhomme et de ses propos fallacieux.

Le lendemain, je repris la route qui me parut bien déserte pour une heure de pointe et je m'arrêtai devant une station d'essence pour faire le plein. Le pompiste me considéra comme un entomologiste confronté à une espèce d'insecte qui aurait échappé jusqu'ici aux investigations de la zoologie. Ainsi donc, me dit-il d'une voix chevrotante, de deux choses l'une: ou vous plaisantez ou vous nagez dans les eaux boueuses de l'ignorance! Depuis ce matin, ici comme ailleurs, les cuves sont vides, désespérément.

Jacques Herman
Président de l'Association vaudoise des écrivains

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