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Octobre 2010 
La solidarité en deuil
Auteur : Rémy Cosandey
Un jour, l'ancien conseiller fédéral René Felber s'est exclamé: «La solidarité fout le camp!». La votation du 26 septembre sur la révision de l'assurance-chômage confirme hélas cette affirmation. En acceptant les propositions de la majorité des Chambres fédérales, le peuple suisse s'est laissé convaincre par un slogan percutant mais mensonger: «Pour une assurance sûre et solidaire». Solidaire avec qui?  En tout cas pas avec les cantons les plus touchés par le chômage et qui devront faire face à une forte augmentation de l'aide sociale. Pas davantage avec les jeunes qui verront leurs prestations subir une baisse considérable. Alors avec qui? Avec les riches qui, une fois de plus, sont protégés car les cotisations de chômage restent plafonnées. Ainsi, l'énorme majorité des salariés sera ponctionnée à raison de 2,2%. M. Daniel Vasella, président de Novartis, aura, lui, une contribution de 0,01%. Quant à M. Brady Dougan, patron du Crédit Suisse, il paiera une cotisation de 0,005%. Vous avez dit solidarité?

 Autre sujet d'inquiétude: le fossé entre la Suisse alémanique et la Suisse latine. En effet, tant le Tessin que les cantons romands ont tous refusé la nouvelle loi à des majorités très nettes, allant de 55,4 à 76%.

Dans un éditorial, M. Nicolas Willemin, rédacteur en chef de L'Express et de L'Impartial, résume bien la situation: «Une baffe pour les chômeurs romands». La participation, elle, a été catastrophique: à peine un électeur sur trois a exercé son droit de vote. L'abstention est une marque d'égoïsme et favorise le conservatisme. La Suisse devient de plus en plus un peuple de moutons.

 Si on devait se prononcer en 2010 sur la création de l'AVS (qui date du 1er janvier 1948, période qui n'était pas encore rongée par l'individualisme), il est fort probable que cette assurance ne serait pas celle que nous connaissons aujourd'hui et qui est véritablement solidaire (plafonnement des rentes mais pas des cotisations). Les lobbies de l'économie veilleraient à la dénaturer et à y enlever l'essentiel de sa substance. La Confédération mérite-t-elle encore d'avoir pour devise: «Un pour tous, tous pour un»?

Rémy Cosandey

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