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Août 2010 
Les dérives du néolibéralisme ? Il n’y en a pas !
Auteur : Hans-Peter Renk


Une fourmi de 18 mètres, ça n'existe pas, dit une chanson enfantine. Les dérives du néolibéralisme non plus! Sur ce point, il y a désaccord (amical) avec la rédaction de l'essor, qui a fait de ce terme le titre de son dossier.

Le néolibéralisme ne dérive pas. Idéologie dominante du «capitalisme réellement existant»(1), il s'est imposé à partir des années 1980 notamment grâce à l'épuisement des recettes keynésiennes (utilisées dans le cadre du capitalisme) ou à l'implosion du «camp socialiste avec l'Union Soviétique à sa tête» (selon une formule consacrée): cette seconde dynamique expliquant une crise d'alternative systémique au capitalisme nécessiterait, pour plus ample développement, un autre numéro de l'essor…

De la crise actuelle – débutée aux USA par l'explosion de la bulle immobilière(2) –, un observateur superficiel pourrait déduire un retour à l'intervention de l'Etat dans l'économie, intervention critiquée par le libéralisme classique. Or les néolibéraux diffèrent du libéralisme classique sur ce point, qui n'est point anodin: «Ils assument sans complexe que l'Etat a à intervenir dans le domaine de l'économie (…) d'abord pour créer là où elle n'existe pas, et ensuite pour faire respecter là où elle existe la norme de la concurrence, puisque c'est précisément la norme du marché» (3).

Mais la «reprise» n'est pas au rendez-vous. L'affirmation contraire relève de l'idéologie pure sous la plume des commentateurs autorisés sévissant dans les rubriques économiques des médias dominants.
«Alors que la crise a rebondi sous la forme d'une crise de dette souveraine, qui s'étend de la Grèce vers les autres pays de l'Union européenne, les gouvernements du noyau dur de cette Union ont décidé d'imposer partout une politique d'austérité sans précédent. Il s'agit, ni plus ni moins, de démanteler ce qui reste des acquis des «Etats providence» que le capital européen a dû octroyer à l'issue de la Seconde Guerre mondiale, craignant la puissance du mouvement ouvrier et cherchant à légitimer ses Etats en reconstruction. Le but annoncé, c'est une réduction de 20% du pouvoir d'achat des classes populaires, le démantèlement des droits de retraite, de la sécurité sociale et la dislocation-privatisation des services publics» (4).

On aurait tort de penser, ici en Suisse, que ces politiques découlent de la seule «construction européenne». La droite suisse – y compris le parti qui s'est construit un capital politique sur le «refus de l'Europe» (SVP/UDC) – mène exactement les mêmes politiques antisociales. Bien que non-signataire du traité de Lisbonne, le gouvernement suisse défend âprement le principe de la «concurrence libre et non-faussée».

Nous sommes aujourd'hui confrontés à ce que Jean-Jacques Rousseau, dans l'article «Economie politique» de l'Encyclopédie (1755), dénommait «économie politique tyrannique» – une très bonne définition du libéralisme économique. Rousseau et, à sa suite durant la révolution française, Robespierre lui opposaient une «économie politique populaire», limitant le droit de propriété dans le cadre d'une société non encore touchée (au contraire de la Grande-Bretagne) par la «révolution industrielle».

Relisons donc à la lumière de l'actualité ces propos de Robespierre à la Convention nationale, le 24 avril 1793, contre le projet de Constitution présenté par les Girondins (le côté droit de la Convention): «Vous avez multiplié les articles pour assurer la plus grande liberté à l'exercice de la propriété et vous n'avez pas dit un seul mot pour en déterminer le caractère légitime; de manière que votre déclaration paraît faite, non pour les hommes, mais pour les riches, pour les accapareurs, pour les agioteurs et pour les tyrans» (5). Une déclaration qui, en 200 ans, n'a pas pris une ride. Dans le «capitalisme réellement existant», il existe une contradiction insurmontable entre le droit à l'existence (des humains et même aujourd'hui de la planète) et le droit de propriété.


  1. Le social-libéralisme à la Tony Blair (ex-premier ministre britannique), adopté par l'essentiel des partis – encore dénommés par antiphrase – sociaux-démocrates n'en est qu'une variante; il faut se munir d'une loupe pour distinguer la différence.
  2. James Galbraith, «Il faut desserrer l'emprise des banques sur le pouvoir politique», Le Courrier, 7.7.2010. Site internet: www.lecourrier.ch
  3. Pierre Dardot, «Qu'est-ce que la rationalité néolibérale?», réunion mensuel du Club Socialisme maintenant, 13.3.2010. Site Internet: www.socialisme-maintenant.org
  4. Jan Malewski, «Le capital passe à l'attaque», Inprecor, correspondance de presse internationale / publié sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale, no 562/563. Site Internet: www.inprecor.fr
  5. Maximilien Robespierre, Pour le bonheur et pour la liberté: discours. Paris, La Fabrique éd., 2000

 

«Les quatre cavaliers de l'apocalypse? Le profit, le cynisme, le mépris et le terroriste social. Ils ne sont pas envoyés par un Dieu vengeur mais par des traders, des banquiers, des technocrates sans scrupule. Leurs larges ailes assombrissent le ciel et l'avenir pour engendrer pauvreté, misère sociale et violence- Ils ignorent les frontières. Leur maître est le grand ordinateur, leurs évangiles le CAC 40. Hors des murs de la Bourse, point de salut! Il serait temps à nouveau de chasser les marchands du temple...»

R. Crouzet, Montagna-Le-Reconduit
(lettre de lecteur publiée dans Marianne)

 

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