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Juin 2010 
Néolibéralisme et lutte contre le cancer
Auteur : François Iselin

Le marché des thérapies anticancéreuses s'annonce florissant pour les multinationales qui les commercialiseraient dans les pays riches où les cancéreux sont prêts à se ruiner pour prolonger leur vie. Ainsi, avec le néolibéralisme, la recherche des laboratoires privés est de plus en plus déterminée par les gains que ses résultats leur procureraient.

En ce qui concerne l'évolution de la recherche privée sur les thérapies permettant de combattre les tumeurs cancéreuses, Franco Cavalli écrit*: «Les choses sont peut-être en train de changer aujourd'hui: la situation actuelle, provoquée par la politique néolibérale et la réévaluation du rôle de l'état qui en découle, pourrait aussi influencer la recherche. Au lieu de la combattre, il serait sûrement plus acceptable de réfléchir comment adapter la gestion des monopoles pharmaceutiques aux besoins de la population – et  non pas aux intérêts boursiers.»

Franco Cavalli pense donc que la dérive néolibérale pourrait être infléchie. Mais la pression du marché est plus forte puisque le nombre de cancers à prévenir ou soigner ne cesse d'augmenter et leur traitement est de plus en plus coûteux: «La thérapie pour combattre les tumeurs se basera toujours davantage sur l'usage de produits pharmaceutiques. Durant ces quinze dernières années, le coût des nouveaux médicaments antitumoraux a augmenté de manière spectaculaire, arrivant jusqu'à décupler. Tous les produits pharmaceutiques sont devenus considérablement plus chers, mais la hausse touche particulièrement le secteur oncologique. C'est la raison pour laquelle tous les experts financiers prévoient que d'ici cinq à dix ans, l'oncologie deviendra une valeur absolue, le marché pharmaceutique principal.»

La preuve d'une «moralisation» de l'industrie pharmaceutique serait donnée si leurs résultats de laboratoire bénéficiaient autant aux cancéreux nantis qu'aux exclus de la santé. Tel n'est cependant pas le cas comme l'explique F. Cavalli: «Cette inflation disproportionnée et irraisonnable représente une des causes de l'effondrement des systèmes sanitaires dans les pays riches. Nous pouvons dès lors imaginer ce que cela signifie pour les pays pauvres, où la dépense sanitaire oscille entre 25 et 50 dollars par année et par habitant. A titre de comparaison, en Suisse, elle atteint aujourd'hui 6000 à 7000 francs suisses par année. Ces coûts excessifs ne sont pas justifiés par les frais de production, mais dus au pouvoir exacerbé des lobbies pharmaceutiques qui sont, en fait, la seule industrie à réaliser des bénéfices annuels de 15 à 20 %.

Le malheur des uns fait le bonheur des autres, dit-on. Mais dans ce cas, ce sont des millions de malheureux contre quelques spéculateurs cupides. Un cancer social.

 


* Franco Cavalli: Cancer, le grand défi. Les nouvelles victoires de la médecine, Favre, 2009


 

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