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Avril 2008 
Écologie, graines d'anarchie
Auteur : >Marianne Enckell

Le problème environnemental, pour ne pas dire la catastrophe, commence enfin à être reconnu – avec réticence – par certaines instances officielles. Mais la crise écologique majeure n'est plus pour demain, elle est déjà là.

Les organismes qui l'ont longtemps niée ou minimisée, représentants des Etats et du capitalisme, proposent maintenant des réponses à leur manière, technocratiques et centralisées. Ils en profitent pour développer de juteux marchés ou renforcer les contrôles. Ce problème a été dénoncé depuis plus de trente ans par des écologistes et des libertaires qu'on traitait d'illuminés. Ainsi, dans les années 1970, des revues comme La Gueule Ouverte ou Survivre et vivre dénonçaient déjà les dangers de la société industrielle et les dégâts qu'elle cause à l'environnement et à la communauté humaine; ainsi, Murray Bookchin introduisait le concept clef d'écologie sociale.

La rhétorique de la «croissance durable» n'est qu'un écran de fumée: la croissance continue supposée par le capitalisme ne sera jamais durable ! Mais un discours sur la décroissance qui suggérerait que tout le monde doit resserrer sa ceinture de quelques crans, les exploités comme les exploiteurs, serait inacceptable: prendre au sérieux la crise de l'environnement exige donc de remettre en question non seulement la croissance, mais aussi le capitalisme. Que faire dans l'immédiat et dans le concret ? Un récent numéro de la revue Réfractions analyse des expériences et explore des pistes qui convergent vers la notion d'autonomie. Des réponses non technocratiques aux problèmes environnementaux existent, ce sont aussi celles qui favorisent la décentralisation et l'autonomie (alimentaire, énergétique et organisationnelle) des individus et des groupes; bref, celles qui sont porteuses d'une émancipation vis-à-vis du capital et de l'Etat.

«Tout homme qui a peu de besoins semble menacer les riches d’être toujours prêts à leur échapper».
Chamfort

Ainsi, depuis quelques années, une mosaïque d'expériences agricoles collectives a vu le jour, à côté d'autres déjà bien rôdées. Plus qu'un simple «retour à la terre», c'est un moyen de nous réapproprier nos vies par la racine, en utilisant l'autonomie comme un outil pour s'émanciper du système capitaliste (Jardins de Cocagne, Longo Maï par exemple).

Mais, de leur côté, les puissants, que les contradictions n'étouffent pas, ne restent pas inactifs. Sans vergogne, un «capitalisme vert» est en train d'émerger, profitant d'un début de panique environnementale pour convertir méthodiquement toutes les revendications écologistes en marchandise. Quant aux Etats, ils s'accommodent fort bien des demandes d'intervention dans ces questions. L'étau des réglementations se resserre, présageant d'une société de plus en plus contrôlée. Une alliance entre «Etat vert» et «capitalisme vert» pourrait demain déboucher sur une techno-écologie autoritaire et inégalitaire. Aujourd’hui déjà, la grande machine du «progrès» technico-industriel n'en finit pas d'inventer de nouvelles techniques pour tenter de colmater les bavures des précédentes. Dernière trouvaille, les nanotechnologies, dont on ignore presque tout des risques pour la société et pour l'environnement, mais qui font indubitablement partie du projet technologique d'un monde-machine.

Les exigences de la sauvegarde de l'environnement et celles du changement social renvoient les unes aux autres: c'est en abolissant l'exploitation et la compétition au sein de la société humaine et en favorisant l'autonomie des individus et des groupes qu'on développe les solutions les plus favorables à l'environnement. On trouve ici une confirmation des apports de l'anarchisme classique, ceux d'Elisée Reclus dans sa géographie universelle humaine, ou ceux de Pierre Kropotkine dans sa vision coopérative du monde vivant, ainsi que des thèses d'un des représentants les plus originaux de l'anarchisme du XXe siècle, Murray Bookchin.

Marianne Enckell et la rédaction de Réfractions

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