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Octobre 2007 
La liberté de s’assurer ou pas
Auteur : Janine Favre

Un collaborateur de l’Essor m’a communiqué le thème choisi par la rédaction pour son prochain forum, avec ce titre: «Notre santé, c’est d’abord notre affaire». Or, dès l’an 2000, un petit groupe de résistants à la nouvelle loi LAMal se réunissait autour d’un manifeste: le Manifeste de Lausanne «Notre santé c’est Notre affaire!». Vingt à trente personnes ont alors recouru aux tribunaux, cantonaux et fédéraux, pour atteinte, par une loi anticonstitutionnelle, aux droits fondamentaux de l’individu, particulièrement à sa liberté spirituelle. Nous voulions être libres de nous assurer ou de ne pas nous assurer.

Personne n’a jamais eu gain de cause sur ce sujet qui touche aux gains faramineux de l’industrie médicale. Une industrie qui oblige tout un peuple à payer à l’avance ses services, ne voilà-t-il pas la plus grosse des poules aux œufs d’or!

Actuellement assurés et soignants sont tous mécontents et se sentent trahis. Les médecins perdent leur droit discrétionnaire (le plus mythique des droits absolus), c’est leur règne qui s’effondre. Et le supermarché de la santé ne peut être rationalisé, c’est-à-dire rationné, sans que tous crient au scandale!

La démocratie a fait de l’égalité des soins sa vache sacrée, chacun estime donc avoir droit pour lui et ses proches aux dernières inventions, quel qu’en soit le prix! Ici, tout raisonnement logique, rationnel, cède le pas à l’émotionnel, à la peur que l’on pourrait mourir pour avoir manqué le possible sauvetage technique!

En dehors de la vraie liberté, celle de ne pas être assuré parce qu’on sait se débrouiller plus naturellement, il y a celle réclamée par le peuple: liberté de choisir quel miracle techniquement possible doit le sauver.

Nous avons perdu la notion de ce qu’est la maladie, parce que le phénomène est spirituel, et que nous sommes devenus des croyants scientifiques, c’est-à-dire liés à la matière. A mon avis, comme autrefois tomba le clergé d’Eglise à la fin du Moyen Age, tombera aussi le clergé médical dont les dogmes sont aujourd’hui bien usés. Pour prendre un meilleur «Essor», il me semble nécessaire de démystifier ces dogmes, alors la santé redevient Notre affaire!

Quelques années avant sa mort en 2004, Yvan Illich, historien, sociologue et prêtre, avait déclaré: «Du meilleur sort le pire!». C’est le titre d’un ouvrage posthume. Il ressentait la fin du monde au système technicien, et l’ouverture vers un autre monde: celui de la «conspiration» ou partage du souffle commun à l’autre. Il disait aussi que cela ne peut se faire sans renoncement à une certaine assurance… Certes il ne parle pas de la LAMal, dont il ignore l’existence, mais toute son œuvre parle de la liberté dont découle la santé, et aussi la confiance au souffle de Vie en nous.

Janine Favre, Saint-Imier

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