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Décembre 2006 
Les défis de demain
Auteur : Curt Walther

L’urgence d’introduire l’écologie comme nouvelle discipline.

Le thème du forum de «l’essor» nous concerne tous. Quels sont les défis qui attendent nos enfants pour bien vivre dans le monde qui sera le leur, voilà la question que nous nous posons.

Une des caractéristiques majeures de notre époque est que la société est en constante mutation: le partenariat école-famille a changé, en particulier parce que les deux parents doivent en général travailler; l’immigration a pris de l’ampleur et donc aussi le brassage des cultures; l’esprit de compétition est à son comble; le culte de l’enfant-roi est toujours en vigueur. La société a perdu ses repères traditionnels et n’évolue plus de façon prévisible, qu’on pourrait qualifier de linéaire. Ce principe linéaire, hiérarchique, est remplacé par des structures en réseau. Pour s’en convaincre il suffit de songer au développement phénoménal du réseau planétaire de l’information grâce aux multimédias et aux télécommunications; les interconnexions sociales, politiques et économiques entre tous les pays du globe affectent les collectivités ainsi que les individus dans un temps record.

Avec la disparition des structures traditionnelles, l’avenir est de plus en plus incertain et l’un des défis les plus difficiles pour les jeunes est d’envisager des projets solides, un futur. Le pédagogue Philippe Meirieu n’a-t-il pas écrit dans un de ses derniers livres Le monde n’est pas un jouet: «Passer du monde-objet au monde-projet, voilà le défi». Quelles sont les qualités que l’école devrait transmettre à nos enfants pour qu’ils puissent acquérir les capacités d’adaptation à de nouvelles situations et prendre l’habitude d’apprendre à apprendre et de se former toute la vie?

Le but de l’instruction obligatoire est double: éduquer dans le sens de développer les capacités dites créatrices et la confiance en soi indispensable pour l’épanouissement personnel et instruire au sens classique, c’est-à-dire apprendre ce qu’il est nécessaire de savoir. Nous assistons à une véritable explosion des connaissances, scientifiques bien sûr, mais aussi dans ce qu’on appelle les sciences humaines, au risque de négliger le développement de l’individu en tant que personne bien adaptée à notre société et en harmonie avec soi-même. Nous touchons là au thème proposé par «l’Essor», faire la distinction entre éduquer et instruire.

«Tout le développement progressif de la pensée doit nécessairement, chez l'enfant, se rattacher d'une manière continue à son être et à sa vie authentique.»
Johann Heinrich Pestalozzi

A l’occasion de la campagne nationale 2006 sur «l’Education qui donne de la force», une définition assez pertinente a été donnée sur ce sujet: «L’éducation doit permettre de donner aux enfants des bases solides, tant sur le plan affectif, psychique et social, afin de leur permettre de devenir des adultes autonomes et responsables». Pour apprendre à vivre en harmonie avec soi et les autres, il s’agit de lutter contre le pessimisme ambiant, d’augmenter la tolérance à la frustration et de redonner aux jeunes le goût du travail et de la tâche accomplie. De prime abord, cette mission de l’école semble difficile en considérant les multiples offres de la société de consommation, en particulier dans le domaine des loisirs, sans parler du déferlement médiatique de la violence (scènes de guerre et autres scénarios de violence à la télévision et au cinéma) qui ne peut jouer qu’un effet négatif sur la jeunesse.

Nous l’avons dit plus haut: nous sommes confrontés à l’accroissement exponentiel des connaissances et des techniques nouvelles qui en découlent et, comme l’affirme le directeur de l’Unesco, Koïchiro Matsuura, nous assistons à l’émergence de ce qu’on pourrait appeler les sociétés du savoir. Cette révolution est visible dans presque tous les secteurs, informatique, robotique, en astrophysique, génétique, médecine, en biochimie, etc. et exige de nouvelles compétences, souvent très pointues. De toute évidence, l’instruction est indispensable dans tous ces domaines. Il est incontestable que l’apport du savoir est globalement positif et je ne citerai que trois exemples: les télécommunications, le contrôle des risques sanitaires mondiaux tels que les pandémies (la grippe aviaire par exemple), le développement de systèmes d’avertissement de la survenue de catastrophes naturelles (les tsunamis en sont un exemple). Cependant, les nouvelles connaissances semblent incapables d’abolir la fracture entre pays industrialisés et le tiers-monde, incapables de lutter contre la pauvreté et de réduire les injustices, même dans les pays occidentaux!

Au niveau planétaire, les connaissances actuelles concernant l’accélération du réchauffement et l’épuisement des ressources d’énergies fossiles nous incitent à agir de façon urgente. Pour cela, il faut modifier nos comportements basés sur la rentabilité et la recherche du seul bien-être matériel, prendre conscience de la gravité de la situation et se sentir responsables vis-à vis de nos descendants et donc apprendre à maîtriser notre consommation énergétique. L’écologie, science et philosophie qui enseignent le respect de l’environnement et dont le but est de lutter contre les ravages de la société industrielle, devrait, à mon avis, être une nouvelle discipline, intégrée dans le cycle d’enseignement primaire et secondaire.

La famille est, de toute évidence, le premier lieu où transmettre les connaissances écologiques élémentaires aux enfants, dès leur plus jeune âge. L’observation de la nature, de la beauté du monde végétal et animal (je pense tout bonnement à l’attention que l’on peut porter à nos oiseaux et aux forêts) suscite le respect de la nature, à travers l’exemple des parents ou même des grands-parents. Nous venons de découvrir une zone frontière où l’éducation au sens large du terme et l’instruction se rejoignent.

Les réflexions suscitées montrent bien qu’instruire et éduquer sont des notions pédagogiques fondamentales qui, loin d’être en contradiction, se complètent.

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