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Avril 2006 
Nous rentrons dans l’avenir à reculons
Auteur : Rémy Cosandey

Chaque jour, les informations distillées par les journaux ou la télévision laissent apparaître les dégâts causés par le néolibéralisme. Ce qui est présenté comme le fruit de la modernité est en réalité une régression sociale. Dernier exemple en date: le CPE (contrat première embauche) que le gouvernement français essaie de présenter comme un moyen de lutte contre le chômage n’est rien d’autre qu’un instrument favorisant la précarité et l’instabilité.

Il y a des limites au cynisme du néolibéralisme et à l’indécence des gouvernants. Les Français ont compris que ces limites étaient dépassées et sont descendus massivement dans la rue pour exprimer leur colère. Cette réaction ne restera pas sans lendemain et fait déjà tache d’huile dans d’autres pays européens.

La Suisse, pays réputé pour son attachement à la paix sociale, bouge aussi. Elle n’accepte plus l’élargissement du fossé social, les sacrifices demandés aux plus démunis et les cadeaux fiscaux accordés aux millionnaires et aux entreprises florissantes. Les ouvriers de l’usine Boillat se battent légitimement pour défendre leur emploi; par mesure de rétorsion, 112 d’entre eux sont licenciés. Petit calcul comparatif: le salaire annuel de ces 112 ouvriers représente à peine le tiers de celui qui est versé aux patrons de l’UBS ou de Novartis. Et ceux-ci osent déménager pour payer encore moins d’impôts. Ce n’est plus de l’égoïsme, c’est de l’obscénité!

La régression sociale se conjugue souvent avec l’incohérence. Limitons-nous à citer trois exemples particulièrement édifiants:

1) La loi impose aux chômeurs d’effectuer 10 recherches d’emploi par mois. Dans la pratique, alors que le nombre des places disponibles est infime et que les chômeurs de plus de 55 ans sont regardés comme des pestiférés, cette contrainte est excessive, souvent même méprisante (voir le témoignage d’un chômeur en page 3).

2) Les bénéfices des entreprises servent exclusivement à améliorer les salaires des dirigeants qui disposent déjà d’un revenu suffisant pour satisfaire tous leurs besoins. Et tant pis pour les ouvriers dont l’augmentation du pouvoir d’achat contribuerait à relancer la consommation!

3) L’AI est en pleine révision. L’idée de favoriser la réinsertion professionnelle plutôt que de verser une rente est juste. Mais la droite qui soutient ce principe a refusé de contraindre les entreprises importantes à engager des handicapés (voir article de Roger Cosandey en page 3). L’article 112 de la Constitution fédérale est pourtant limpide: «La Confédération encourage l’intégration des personnes handicapées». Dans ce domaine, l’incohérence prend la couleur de l’hypocrisie.

«Nous rentrons dans l’avenir à reculons», disait Paul Valéry. Il avait malheureusement raison.

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